Se battre sur deux fronts

En raison d’une étude sur l’intersectionnalité, terme désignant « la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, de domination ou de discrimination » notamment la femme noire, j’ai eu la chance d’interviewer Rita Roxane Tsayem Yemeli (R-T) et Seynabou-Rose Samb (S-S) afin qu’elles me partagent leur vision face à la position, voire l’importance, de telles femmes en 2020.

Crois-tu que le terme « Intersectionnalité » peut être employé de nos jours ?

(R-T) Oui, absolument ! On n’arrivera pas à s’en débarrasser de sitôt, car l’humain est une race qui aime tellement être en pouvoir, qui aime dominer, qui aime contrôler. C’est inévitable. De nos jours, c’est flagrant ! Il y a des communautés qui se font discriminer notamment pour leur race, leur orientation sexuelle, leur origine, leur religion. C’est tellement omniprésent !

(S-S) Je dirais qu’effectivement on peut employer ce terme-ci aujourd’hui, mais plus nécessairement envers juste les femmes noires. De nos jours, il y a tellement d’ethnicité au Québec que le terme peut s’appliquer à tous les cas. Il peut s’appliquer, par exemple, à des femmes portant leurs signes religieux, notamment le hijab, et qu’elles se font discriminer dû à cela !

L’intersectionnalité t’empêche-t-elle de te battre ?

(R-T) Non. Toutes femmes peuvent se battre désormais. Je crois que nous sommes rendus à un point où nous sommes conscients des droits que nous méritons. Nous avons encaissé tant de coups que nous n’avons plus peur des réprimandes créées en utilisant notre voix, en criant tous les préjudices que l’on reçoit. Ce n’est plus comme avant où ouvrir sa bouche en étant une femme noire par rapport à quelque chose d’irrespectueux ou d’inadmissible crée un lot de conséquences. Aujourd’hui, nous avons moins peur de ces conséquences-là. Nous pouvons totalement nous battre.

(S-S) Non, c’est vraiment la bataille de tous désormais, car nous sommes humains et nous sommes tous pareils. Un parfait exemple de ceci est la manifestation à Montréal dans laquelle nous pouvions voir se battre côte à côte des gens de toutes ethnies. C’est important qu’hommes et femmes de toutes ethnicités se soutiennent !

Comment réagis-tu face à toutes les batailles antiracisme ?

(R-T) J’ai développé une indifférence face à toutes les atrocités envers ma communauté due à tout ce que j’ai vu et entendu. J’ai fini par refouler mes émotions, par former une barrière face à tout ce racisme et cette discrimination. C’est tout naturel ! Quand tu perçois un malheur pendant si longtemps et que quoi que tu fasses il n’y a rien qui change, tu finis par croire qu’il n’y aura jamais de fin. Néanmoins, la goutte de trop avec George Floyd a remis en vie mes émotions. Cela m’a remise dans une rage, dans une haine, dans une tristesse profonde. Franchement, je suis ravie de constater tout le progrès, toute la sensibilisation et toute l’ampleur que prend le Black Lives Matter. Je suis fière de voir des gens qui ne se sentaient pas nécessairement concernés auparavant, des communautés non noires, se battant désormais à nos côtés parce qu’ils réalisent qu’il y a un problème. Ils comprennent que c’est la bataille de tous, et non simplement la bataille des noirs.

« Nous avons encaissé tant de coups que nous n’avons plus peur des réprimandes créées en utilisant notre voix, en criant tous les préjudices que l’on reçoit. »

Vivre sous une pression

Dû au privilège blanc, crois-tu que les femmes blanches sont moins malmenées que celles d’autres ethnies ?

(R-T) Pour moi, le privilège blanc c’est un laissez-passer dans plusieurs situations simplement parce que ta couleur de peau te protège de tous les sous-entendues, de tous les stéréotypes. Il nous est déjà difficile de faire sa place en tant que femme dans ce monde d’hommes. C’est bien plus complexe d’accomplir tout ce qu’un homme peut accomplir. Ajoute à cela que tu proviens d’une ethnie différente ! Cela complique davantage les choses. Présentons cela au niveau social, au niveau professionnel. Une femme qui se présente à une offre d’emploi avec son afro ou avec son hijab, etc., cela crée un frein. L’idée préconçue est « qu’est-ce qu’elle va apporter de plus d’une femme blanche ? » Ainsi, une femme blanche, si vénérée par notre société, présente ses papiers à une offre d’embauche, aucune question ne lui sera posée ; une femme non blanche s’y présente, des doutes se forment. Bref, ces dernières ont davantage de difficulté à trouver leur place dans le monde professionnel, dans le monde politique.

(S-S) Oui grandement ! Le privilege blanc existe assurément ! C’est une protection contre les préjugés que les gens pourraient avoir. Par exemple, quand tu marches dans la rue, les gens peuvent te regarder, te juger et même changer de côté de rue. J’ai entendu beaucoup de cas auprès de mes proches où ils marchaient dans la rue et ils étaient évités. Être blanc c’est vivre sans soupçons et sans la peur du regard des gens. L’inconnue effraie et crée des préjugés. Les femmes blanches sont ainsi mieux perçues.

– Vis-tu avec une pression supplémentaire que les femmes blanches ne subissent pas ?

(R-T) Oui, cela affecte grandement mon style de vie ! En étant une femme noire immigrée au Canada, c’est une situation difficile. Cette pression se base sur des attentes que la société a sur nous, et nous tentons de les satisfaire tout le temps. J’en ai de partout, principalement dans ma famille qui est restée dans mon pays natal. Quand on te place ici au Québec où tu as accès à toutes les ressources, on attend de toi que tu changes le monde. C’est une pression constante d’insinuer qu’avec toutes ces ressources au bout de mes doigts, le succès m’attend. Pourquoi as-tu échoué ? Quelle est ton excuse ? L’échec n’est pas une option. Déménager ici à huit ans et ne pas me voir dans ce Nouveau Monde ni voir dans les médias ou en politique quelqu’un qui me ressemble, c’est un choc. Cela devient ainsi mon devoir de prouver à ma communauté que l’on est capable et que je suis capable.

(S-S) Cela dépend des facettes de ma vie. Du côté de ma famille, c’est davantage la crainte du fait que je suis une femme. Cela se voit par des commentaires qu’ils me partagent, principalement vis-à-vis mon style vestimentaire. Il y a également la crainte de me voir grandir dans ce monde d’hommes. Du côté social, je ne vis pas nécessairement de discrimination, à part pour quelques commentaires sur les femmes noires de temps à autre, due au fait que je suis métis et que j’ai un accent québécois. C’est entre autres une certaine protection, un avantage.

« Être blanc c’est vivre sans soupçons et sans la peur du regard des gens »

Bref, la bataille pour l’égalité sociale des êtres humains peu importe la race et le sexe (sans parler de l’orientation sexuelle, de la religion etc.) est loin d’être achevée. Il est important de continuer à s’informer et de s’unir afin qu’un jour nous puissions réaliser ce rêve.

Source :

©DR, https://lesoursesaplumes.info/2017/09/19/pourquoi-notre-feminisme-doit-il-etre-intersectionnel-et-3-facons-de-le-pratiquer/

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