De la Reine Grimhilde à Hermione, la représentation de la sorcière au cinéma

La sorcière a longtemps animé l’imaginaire collectif. Son aspect fantastique et mystérieux l’a notamment permise d’être un symbole important dans notre culture. Néanmoins, que remarquons-nous chez ce personnage ? Cette figure du féminisme est la victime d’une caricature sexiste de la femme.

Un questionnement s’impose : quelle fonction joue le cinéma dans la représentation de la femme via la figure de la sorcière ? Un tel sujet propose une réflexion importante sur nos industries culturelles et si elles offrent, ou non, un portrait moderne et adéquat de la figure de la sorcière, donc de la femme.

On remarque qu’auparavant un continuum affectait les sorcières : d’une part, la sorcière est une femme vilaine et hideuse qui est victime de normes sexistes et dégradantes, notamment la méchante sorcière de l’Ouest dans Le magicien d’Oz (1939) ; d’autre part, elle est une femme hautement érotique qui propose une objectification et une sexualisation importante, notamment Jennifer dans Ma femme est une sorcière (1942). La figure de la sorcière y est donc instable et irréaliste. Le plus blessant est qu’au lieu d’une représentation adéquate, une caricature dégradante et sexiste nous était offerte. Cette image s’inscrit donc, encore aujourd’hui, dans l’univers collectif.

Les perceptions d’antan semblent également peu importantes alors que « ce que nous jugeons banal quant à la figure de la sorcière, apparaissant dès la plus tendre enfance dans nombre de récits, renvoie peut-être à un ensemble de conséquences ayant une importance plus grande que ce que nous croyons. »[1] Ainsi, le cinéma, et diverses industries culturelles ont une profonde influence sur la perception de la sorcière par le public, principalement pour les enfants. De nos jours, on tente de détruire l’ancienne perception. Au lieu de présenter une telle caricature qui saurait confirmer l’imaginaire collectif, l’opinion publique, que j’appuie, valorise une représentation adéquate hors des stéréotypes, des caricatures dégradantes et de la sexualisation. La représentation moderne des sorcières, donc des femmes fortes et puissantes comme Hermione dans la saga Harry Potter, est l’idéal de la figure de la sorcière que l’on souhaite promouvoir et diffuser au cinéma.

Le patriarcat et les sorcières

Maintenant que l’on sait que le cinéma est le reflet des mœurs d’une société, nous pouvons comprendre pourquoi, à une certaine époque, la femme sorcière était dégradée et sexualisée. La figure féministe était auparavant perçue comme une entrave à la société économique. Celle-ci n’y avait qu’un seul rôle : assurer la procréation. Tous les autres actes à caractères sexuels étaient bannis. Elle ne devait que correspondre à ce que la nature veut d’elle. La femme était donc perçue comme un objet dans l’idéologie patriarcale et elle se devait d’être contrôlée. Et si elle se doit d’assurer la reproduction, elle se doit d’être attirante pour l’homme. La représentation de la sorcière « sexy » avec Jennifer dans Ma femme est une sorcière témoigne et renforce une telle idéologie.

Outre la reproduction, la femme se devait également d’assurer l’ordre et l’entretien à la maison. La sorcière Endora dans Ma sorcière bien-aimée symbolise la femme au foyer assujettie qui a été arrachée de ses « pouvoirs », une femme étant donc séparée de sa liberté. Ainsi, comme l’affirme Silvi Frederici, « […] il y a un lien étroit entre l’image dégradée des femmes forgées par les démonologues et l’image de la féminité construite par les débats de l’époque sur la “nature des sexes”, qui canonisa une femme stéréotype, faible de corps et d’esprit et biologiquement sujette au mal, servant efficacement à justifier le contrôle des hommes sur les femmes ainsi que le nouvel ordre patriarcal. »[2]

Cette mauvaise représentation est-elle digne de revendications ? Bien évidemment ! Celle-ci est l’une des sources de la discrimination envers les femmes, simplement par des croyances et une idéologie fortement sexiste. À une époque où la liberté individuelle et l’égalité pour tous prévalent, il est important de comprendre les raisons d’une telle oppression et d’éviter que les images d’antan soient encore propagées par les médias.

Ainsi, nos institutions ne doivent pas être modifiées, mais plutôt être mises à jour. L’univers cinématographique se doit désormais de diffuser une image exacte de ce que cette figure importante du féminisme représente aujourd’hui, une image hors de toutes mauvaises conceptions, de stéréotypes et de sexualisation.


[1] Rémi LAROCHE, « Les faits politiques ne sont pas en dehors du désir », dans Rémi LAROCHE, dir., Éthique et politique, https://ethique-rlaroche.profweb.ca/?page_id=7909(Page consultée le 2 mars 2021).

[2] Caliban et la sorcière, Silvia Federici, Entremonde, 2014, Paris, 403 p.

Photo : darksouls1 / Pixabay

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