De la Reine Grimhilde à Hermione, la représentation de la sorcière au cinéma

La sorcière a longtemps animé l’imaginaire collectif. Son aspect fantastique et mystérieux l’a notamment permise d’être un symbole important dans notre culture. Néanmoins, que remarquons-nous chez ce personnage ? Cette figure du féminisme est la victime d’une caricature sexiste de la femme.

Un questionnement s’impose : quelle fonction joue le cinéma dans la représentation de la femme via la figure de la sorcière ? Un tel sujet propose une réflexion importante sur nos industries culturelles et si elles offrent, ou non, un portrait moderne et adéquat de la figure de la sorcière, donc de la femme.

On remarque qu’auparavant un continuum affectait les sorcières : d’une part, la sorcière est une femme vilaine et hideuse qui est victime de normes sexistes et dégradantes, notamment la méchante sorcière de l’Ouest dans Le magicien d’Oz (1939) ; d’autre part, elle est une femme hautement érotique qui propose une objectification et une sexualisation importante, notamment Jennifer dans Ma femme est une sorcière (1942). La figure de la sorcière y est donc instable et irréaliste. Le plus blessant est qu’au lieu d’une représentation adéquate, une caricature dégradante et sexiste nous était offerte. Cette image s’inscrit donc, encore aujourd’hui, dans l’univers collectif.

Les perceptions d’antan semblent également peu importantes alors que « ce que nous jugeons banal quant à la figure de la sorcière, apparaissant dès la plus tendre enfance dans nombre de récits, renvoie peut-être à un ensemble de conséquences ayant une importance plus grande que ce que nous croyons. »[1] Ainsi, le cinéma, et diverses industries culturelles ont une profonde influence sur la perception de la sorcière par le public, principalement pour les enfants. De nos jours, on tente de détruire l’ancienne perception. Au lieu de présenter une telle caricature qui saurait confirmer l’imaginaire collectif, l’opinion publique, que j’appuie, valorise une représentation adéquate hors des stéréotypes, des caricatures dégradantes et de la sexualisation. La représentation moderne des sorcières, donc des femmes fortes et puissantes comme Hermione dans la saga Harry Potter, est l’idéal de la figure de la sorcière que l’on souhaite promouvoir et diffuser au cinéma.

Le patriarcat et les sorcières

Maintenant que l’on sait que le cinéma est le reflet des mœurs d’une société, nous pouvons comprendre pourquoi, à une certaine époque, la femme sorcière était dégradée et sexualisée. La figure féministe était auparavant perçue comme une entrave à la société économique. Celle-ci n’y avait qu’un seul rôle : assurer la procréation. Tous les autres actes à caractères sexuels étaient bannis. Elle ne devait que correspondre à ce que la nature veut d’elle. La femme était donc perçue comme un objet dans l’idéologie patriarcale et elle se devait d’être contrôlée. Et si elle se doit d’assurer la reproduction, elle se doit d’être attirante pour l’homme. La représentation de la sorcière « sexy » avec Jennifer dans Ma femme est une sorcière témoigne et renforce une telle idéologie.

Outre la reproduction, la femme se devait également d’assurer l’ordre et l’entretien à la maison. La sorcière Endora dans Ma sorcière bien-aimée symbolise la femme au foyer assujettie qui a été arrachée de ses « pouvoirs », une femme étant donc séparée de sa liberté. Ainsi, comme l’affirme Silvi Frederici, « […] il y a un lien étroit entre l’image dégradée des femmes forgées par les démonologues et l’image de la féminité construite par les débats de l’époque sur la “nature des sexes”, qui canonisa une femme stéréotype, faible de corps et d’esprit et biologiquement sujette au mal, servant efficacement à justifier le contrôle des hommes sur les femmes ainsi que le nouvel ordre patriarcal. »[2]

Cette mauvaise représentation est-elle digne de revendications ? Bien évidemment ! Celle-ci est l’une des sources de la discrimination envers les femmes, simplement par des croyances et une idéologie fortement sexiste. À une époque où la liberté individuelle et l’égalité pour tous prévalent, il est important de comprendre les raisons d’une telle oppression et d’éviter que les images d’antan soient encore propagées par les médias.

Ainsi, nos institutions ne doivent pas être modifiées, mais plutôt être mises à jour. L’univers cinématographique se doit désormais de diffuser une image exacte de ce que cette figure importante du féminisme représente aujourd’hui, une image hors de toutes mauvaises conceptions, de stéréotypes et de sexualisation.


[1] Rémi LAROCHE, « Les faits politiques ne sont pas en dehors du désir », dans Rémi LAROCHE, dir., Éthique et politique, https://ethique-rlaroche.profweb.ca/?page_id=7909(Page consultée le 2 mars 2021).

[2] Caliban et la sorcière, Silvia Federici, Entremonde, 2014, Paris, 403 p.

Photo : darksouls1 / Pixabay

Un retour apprécié, mais précoce au Cégep ?

Le 22janvier 2021, la Ministre de l’Enseignement supérieur Danielle McCann a indiqué le retour graduel d’activités d’enseignement ou d’activités de groupe à caractère pédagogique dans les établissements d’études supérieures à compter du 8février au rythme idéal d’une fois par semaine. 

Alors que les Cégeps et les Universités préparent le retour des élèves en temps de pandémie, comment, à leur tour, les élèves réagissent-ils à la suite de l’annonce ? Quelques étudiantes de divers programmes du Cégep du Vieux Montréal m’ont exprimé leur point de vue. 

Sportive, mais confinée 

Èvemarie B-Lévesque, 19 ans, est une étudiante en sport-études préprofessionnels et en Arts, lettres et communication — Option Médias (Communication et médias). Elle souligne qu’elle était heureuse d’apprendre la réouverture du Cégep. Pour elle, l’école à la maison était difficile en raison de son environnement d’étude et de l’éloignement avec ses amis.es.  

Malgré qu’elle craigne une hausse des cas de COVID-19, elle croit que les mesures sanitaires entreprises par le Cégep seront suffisantes pour assurer le retour des étudiants.es. Lors de ses entraînements en présentiel, elle m’indiquait que tous respectent les consignes de sécurités, faisant en sorte qu’il n’y a aucun cas dans son groupe.  

Èvemarie croit que la vie étudiante reprendra son cours normal au Cégep, malgré la forte présence de consignes sanitaires. 

Elle indique également qu’il serait préférable de permettre le présentiel aux cours ayant souffert le plus en raison de la pandémie, notamment les cours ayant besoin d’équipement spécifique. Elle affirme que nous n’avons pas nécessairement besoin de faire nos cours de littérature ou de philosophie en classe. 

Un Cégep froid 

Romane Latreille, 19 ans, est une étudiante en double DEC en Histoire et civilisation et en Arts, lettres et communication — Option Langues. L’étudiante affirme qu’elle était surprise par la réouverture en raison du nombre encore élevé de cas. Elle témoigne qu’elle est néanmoins heureuse de pouvoir reprendre certains de ses cours en classe, bien que les études en ligne comportent certains avantages, notamment l’évitement des déplacements. 

Romane croit à son tour que les mesures sanitaires seront suffisantes pour s’assurer que le retour des étudiants.es soit sécuritaire. Elle indique qu’il serait même préférable que le Cégep n’accueille qu’un certain nombre d’élèves à la fois. 

Contrairement à Èvemarie, Romane croit que la vie étudiante sera différente. Elle indique qu’en raison du protocole strict, un environnement autrefois si stimulant et dynamique deviendra malheureusement froid. 

Bref, ces deux étudiantes témoignent de leur joie face au retour du présentiel, mais elles affirment également que nous devons persévérer dans notre combat contre la COVID-19 afin que nous puissions apprécier à nouveau l’atmosphère de nos établissements scolaires. 

Photo : Cégep du Vieux Montréal / Facebook

Le Deuxième Sexe

C’est en 1949 que Simone de Beauvoir, une icône et une philosophe importante du mouvement féministe, fait paraître son essai philosophique : Le Deuxième Sexe. Elle traite notamment, dans l’un de ses chapitres, de la disparité injuste entre femmes et hommes, et ce, dès un jeune âge, en raison du système d’éducation et de l’idéologie de notre société. Elle tient à illustrer le rapport inégal qu’entretiennent les femmes et les hommes avec le monde.

Un questionnement s’impose : comment cette différence [différence entre l’éducation donnée aux filles et aux garçons] se traduit-elle dans le rapport que la fille et le garçon entretiennent avec le monde ?

Tout d’abord, être du sexe masculin, c’est avoir le privilège de véritablement exister. En effet, l’idéologie de notre société et de notre culture encourage le jeune garçon à se développer afin de véritablement découvrir son soi. Pour ce faire, il entreprend une multitude d’activités et d’expériences, comme les sports et la bataille, qui sauront lui faire réaliser son existence et l’étendue de ses capacités. Il aura également la chance de faire valoir sa supériorité en s’opposant à d’autres jeunes garçons. Comme l’affirme Simone de Beauvoir : « L’immense chance du garçon, c’est que sa manière d’exister pour autrui l’encourage à se poser pour soi. »[1] Celui-ci a donc la chance de réellement s’émanciper sans devoir subir le regard méprisant d’autrui, tout simplement en ayant gagné, sans avoir véritablement joué, au jeu de la vie.

« L’immense chance du garçon, c’est que sa manière d’exister pour autrui l’encourage à se poser pour soi. »

Simone de Beauvoir

L’autre sexe

Ensuite, être du sexe féminin, c’est avoir la malédiction de devoir se confondre. En effet, l’idéologie de notre société et de notre culture oblige la jeune fille à être passive, à ne pas être elle-même, à s’oublier. Celle-ci fait inévitablement face à un conflit avec son soi et son « être autre ». Alors qu’elle désire vivre les mêmes expériences que le jeune garçon, on l’oblige à revêtir une image qui ne lui correspond pas. À être, comme l’affirme la philosophe, « une poupée vivante : passive, douce et fragile. »[2] Elle doit se comporter comme un objet afin de plaire comme un objet et d’être utilisée comme un objet. Comme l’affirme Simone de Beauvoir : « Ainsi, la passivité qui caractérisera essentiellement la femme “féminine” est un trait qui se développe en elle dès ses premières années. Mais il est faux de prétendre que c’est là une donnée biologique : en vérité, c’est un destin qui lui est imposé par ses éducateurs et par la société. »[3] Celle-ci doit donc se taire lorsque l’idéologie la prive de son autonomie et de sa liberté.

Pour conclure, quelle est la réponse à cette question ? C’est simple : seul l’homme peut vivre. Celui-ci habite un monde qui lui a été conçu, alors que la femme habite un corps qui lui a été construit. C’est ainsi que Simone de Beauvoir exprime sa célèbre citation : « On ne naît pas femme : on le devient »[4].


[1] Philippe Dumesnil, et coll. L’être humain : conceptions modernes et contemporaines, Don Mills, Oxford University Press, 2020, p.238

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid., p.237

Les Nouveaux Mutants, un film d’horreur non effrayant

Après 2 ans d’attente depuis la première bande-annonce, une date d’apparition longtemps repoussée, l’appropriation de 21st Century Fox par Disney en 2019 et du tournage supplémentaire, Les nouveaux mutants fait finalement son apparition sur le grand écran. Il est bien décevant de réaliser qu’après toute cette attente, il n’en vaut pas la peine…

Réalisé par Josh Boone, Les Nouveaux Mutants présente le récit de 5 jeunes enfermés contre leur volonté dans un asile au milieu de nulle part dans l’objectif de découvrir et de maîtriser leurs pouvoirs, tout en tentant de faire face aux peurs et aux péchés de leur passé.

Nous y faisons la rencontre de Illyana Rasputin a.k.a Magik (Anya Taylor-Joy), Rahne Sinclair a.k.a Wolfsbane (Maisie Williams), Sam Guthrie a.k.a Cannonball (Charlie Heaton), et Roberta Da Costa a.k.a Sunshot (Henry Zaga), le tout sous la supervision de la Dr Cecilia Reyes (Alicia Braga) ayant l’ordre d’étudier et d’isoler ces nouveaux mutants, car en découvrant leur pouvoir, ils deviennent des menaces pour la société et leur entourage. La nouvelle venue, Danielle Moonstar a.k.a Mirage (Blu Hunt), une jeune femme très perturbée à la suite de l’anéantissement de sa réserve, provoque d’étranges changements dans l’institut, obligeant les jeunes à se battre pour leur survie. Comme évoque une source anonyme de Entertainment Weekly : « Ils [les nouveaux mutants] n’essaient pas de sauver le monde, ils ne tentent que de se sauver eux-mêmes ».

Une atmosphère ratée

Bien que le film propose une atmosphère de film d’horreur (peu de personnages dont nous connaissons brièvement l’histoire, un asile abandonné, une trame sonore lourde et grave, etc.), nous avons davantage l’impression d’observer un mauvais film de superhéros. Tout semble vouloir s’en construire autour – ce qui aurait été un concept ingénieux par la fusion de ce style à celui des superhéros – mais il ne fait que détruire les attentes. Le retour au tournage du film par Disney en fut probablement la cause. La réécriture chaotique de la version définitive soutient davantage une atmosphère cinématographique de suspense favorable aux jeunes qu’à une véritable horreur. Disons que quelques sursauts de peur n’auraient pas été désagréables.

La présentation des personnages est, à son tour, un échec. En étant le film Marvel le plus court de l’histoire en n’étant que 100 minutes – qui semblait long en raison d’un manque d’intérêt -, nous n’avons pas le temps de découvrir véritablement les personnages, leur pouvoir et leur histoire. Après la représentation du film, une confusion profonde et de nombreux questionnements se faisaient entendre dans la salle, autant par rapport aux personnages que pour les divers événements à travers le film. Nous n’avons eu accès qu’à un bref aperçu de l’identité – qui se contredit constamment – de ces nouveaux mutants. Ces jeunes restent encore un mystère dans nos esprits.

Est-ce que Les nouveaux mutants est un mauvais film ? Non. Mais il avait du potentiel pour être meilleur, surtout pour un concept si original. La réécriture a certainement démoli le film.

Source de l’image :

© Marvel, CHRIS CHRISTODOULOU, https://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Marvel-devoile-la-scene-dintro-des-Nouveaux-Mutants

Suspect numéro un, une réalisation ambitieuse réussie

Avec la réouverture des cinémas, on observe le retour des films sur les grands écrans, notamment Suspect numéro un sortie le 10 juillet 2020, le tout premier tapis rouge du déconfinement.

Réalisé par Daniel Roby, Suspect numéro un met en vedette Antoine Olivier-Pilon, Josh Hartnett, Jim Gaffigan et Stephen McHattie dans un film intense et dramatique inspiré d’une histoire vraie.

On se retrouve en 1989 en Colombie-Britannique au Canada où l’on y fait la rencontre de Daniel Léger (Antoine-Olivier Pilon), un ex-héroïnomane. Celui-ci fait la rencontre de Picker (Jim Gaffigan), un vendeur de drogue, et se met à travailler pour lui. Alors qu’il croyait devoir aller chercher de l’héroïne pour la ramener au Canada, il se retrouve dans un complot policier organisé par Frank Cooper (Stephen McHattie), un sergent de la GRC en quête de performance. Ce n’est que quelques années plus tard que Victor Malarek (Josh Harnett), un journaliste d’enquête torontois du Globe and Mail, s’intéresse à son cas et tente de le libérer d’une peine de prison à vie en Thaïlande au risque de perdre son emploi et sa famille. Voici l’histoire de trois personnages interreliés sous l’affaire Golliath, une investigation de trafic d’héroïne pure.

De L’ambition et de l’intensité cinématographique

Suspect numéro un est un projet ambitieux par sa complexité, par la densité du scénario et par un tournage au naturel en Thaïlande, à Vancouver et à Montréal malgré un budget limité. L’utilisation d’une déconstruction narrative était un risque de plus à employer lors de la réalisation due à la possible confusion des spectateurs lors du visionnement, bien qu’elle était utile pour présenter réellement les faits. Néanmoins, la clarté des scènes nous assurait la compréhension du film, même avec une quantité importante d’alternance entre les flashbacks et le temps présent.

Ce film offre une expérience cinématographique immersive de qualité où l’on devient des témoins d’événements dramatiques et sérieux. Par le bien d’une caméra libre et d’un tournage en lumière naturelle, nous développons l’impression que nous suivons les personnages à travers les événements résultants à l’injuste arrestation.

Le jeu d’acteur était à son tour impeccable, accentuant notre expérience immersive. Antoine Olivier Pilon nous présente encore une fois une prestation solide d’un personnage sombre et découragé inspiré d’Alain Olivier. Josh Hartnett offre à son tour une prestation de qualité d’un journaliste à l’égo surdimensionné. Stephen McHattie et Jim Gaffigan jouent également des personnages secondaires à forts caractères, tous bien joués.

Bref, Suspect numéro un est un drame policier réussi qui saura ramener le public dans les salles de cinéma !

Source de l’image :

©Laurent Guérin, ARCHIVES RADIO-CANADA, https://images.radio-canada.ca/w_1600,h_900/v1/ici-tele/16×9/suspect-numero-un-de-daniel-roby-55279.jpg

Se battre sur deux fronts

En raison d’une étude sur l’intersectionnalité, terme désignant « la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, de domination ou de discrimination » notamment la femme noire, j’ai eu la chance d’interviewer Rita Roxane Tsayem Yemeli (R-T), une jeune femme camerounaise, et Seynabou-Rose Samb (S-S), une jeune femme métisse, afin qu’elles me partagent leur vision face à la position, voire l’importance, des femmes de leur origine en 2020.

Crois-tu que le terme « Intersectionnalité » peut être employé de nos jours ?

(R-T) Oui, absolument ! On n’arrivera pas à s’en débarrasser de sitôt, car l’humain est une race qui aime tellement être en pouvoir, qui aime dominer, qui aime contrôler. C’est inévitable. De nos jours, c’est flagrant ! Il y a des communautés qui se font discriminer notamment pour leur race, leur orientation sexuelle, leur origine, leur religion. C’est tellement omniprésent !

(S-S) Je dirais qu’effectivement on peut employer ce terme-ci aujourd’hui, mais plus nécessairement envers juste les femmes noires. De nos jours, il y a tellement d’ethnicités au Québec que le terme peut s’appliquer à tous les cas. Il peut s’appliquer, par exemple, à des femmes portant leurs signes religieux, notamment le hijab, et qu’elles se font discriminer dû à cela !

L’intersectionnalité t’empêche-t-elle de te battre ?

(R-T) Non. Toutes femmes peuvent se battre désormais. Je crois que nous sommes rendues à un point où nous sommes conscientes des droits que nous méritons. Nous avons encaissé tant de coups que nous n’avons plus peur des réprimandes créées en utilisant notre voix, en criant tous les préjudices que l’on reçoit. Ce n’est plus comme avant où ouvrir sa bouche en étant une femme noire par rapport à quelque chose d’irrespectueux ou d’inadmissible crée un lot de conséquences. Aujourd’hui, nous avons moins peur de ces conséquences-là. Nous pouvons totalement nous battre.

(S-S) Non, c’est vraiment la bataille de tous désormais, car nous sommes humains et nous sommes tous pareils. Un parfait exemple de ceci est la manifestation BLM à Montréal dans laquelle nous pouvions voir se battre côte à côte des gens de toutes ethnies. C’est important qu’hommes et femmes de toutes ethnicités se soutiennent !

Comment réagis-tu face à toutes les batailles antiracisme ?

(R-T) J’ai développé une indifférence face à toutes les atrocités envers ma communauté en raison de tout ce que j’ai vu et entendu. J’ai fini par refouler mes émotions, par former une barrière face à tout ce racisme et cette discrimination. C’est tout naturel ! Quand tu perçois un malheur pendant si longtemps et que quoi que tu fasses il n’y a rien qui change, tu finis par croire qu’il n’y aura jamais de fin. Néanmoins, la goutte de trop avec George Floyd a remis en vie mes émotions. Cela m’a remise dans une rage, dans une haine, dans une tristesse profonde. Franchement, je suis ravie de constater tout le progrès, toute la sensibilisation et toute l’ampleur que prend le Black Lives Matter. Je suis fière de voir des gens qui ne se sentaient pas nécessairement concernés auparavant, des communautés non noires, se battre désormais à nos côtés parce qu’ils réalisent qu’il y a un problème. Ils comprennent que c’est la bataille de tous, et non simplement la bataille des noirs.

« Nous avons encaissé tant de coups que nous n’avons plus peur des réprimandes créées en utilisant notre voix, en criant tous les préjudices que l’on reçoit. »

Rita Roxane Tsayem Yemeli

Vivre sous une pression

Dû au privilège blanc, crois-tu que les femmes blanches sont moins malmenées que celles d’autres ethnies ?

(R-T) Pour moi, le privilège blanc c’est un laissez-passer dans plusieurs situations simplement parce que ta couleur de peau te protège de tous les sous-entendus, de tous les stéréotypes. Il nous est déjà difficile de faire sa place en tant que femme dans ce monde d’hommes. C’est bien plus complexe d’accomplir tout ce qu’un homme peut accomplir. Ajoute à cela que tu proviens d’une ethnie différente ! Cela complique davantage les choses. Présentons cela au niveau social, au niveau professionnel. Une femme qui se présente à une offre d’emploi avec son afro ou avec son hijab, etc., cela crée un frein. L’idée préconçue est « qu’est-ce qu’elle va apporter de plus qu’une femme blanche ? » Ainsi, une femme blanche, si vénérée par notre société, présente ses papiers à une offre d’embauche, aucune question ne lui sera posée ; une femme non blanche s’y présente, des doutes se forment. Bref, ces dernières ont davantage de difficulté à trouver leur place dans le monde professionnel, dans le monde politique.

(S-S) Oui, grandement ! Le privilege blanc existe assurément ! C’est une protection contre les préjugés que les gens pourraient avoir. Par exemple, quand tu marches dans la rue, les gens peuvent te regarder, te juger et même changer de côté de rue. J’ai entendu beaucoup de cas auprès de mes proches où ils marchaient dans la rue et ils étaient évités. Être blanc c’est vivre sans soupçons et sans la peur du regard des gens. L’inconnu effraie et crée des préjugés. Les femmes blanches sont ainsi mieux perçues.

– Vis-tu avec une pression supplémentaire que les femmes blanches ne subissent pas ?

(R-T) Oui, cela affecte grandement mon style de vie ! En étant une femme noire immigrée au Canada, c’est une situation difficile. Cette pression se base sur des attentes que la société a sur nous, et nous tentons de les satisfaire tout le temps. J’en ai de partout, principalement dans ma famille qui est restée dans mon pays natal. Quand on te place ici au Québec où tu as accès à toutes les ressources, on attend de toi que tu changes le monde. C’est une pression constante d’insinuer qu’avec toutes ces ressources au bout de mes doigts, le succès m’attend. Pourquoi as-tu échoué ? Quelle est ton excuse ? L’échec n’est pas une option. Déménager ici à huit ans et ne pas me voir dans ce Nouveau Monde ni voir dans les médias ou en politique quelqu’un qui me ressemble, c’est un choc. Cela devient ainsi mon devoir de prouver à ma communauté que l’on est capable et que je suis capable.

(S-S) Cela dépend des facettes de ma vie. Du côté de ma famille, c’est davantage la crainte du fait que je suis une femme. Cela se voit par des commentaires qu’ils me partagent, principalement vis-à-vis mon style vestimentaire. Il y a également la crainte de me voir grandir dans ce monde d’hommes. Du côté social, je ne vis pas nécessairement de discrimination, à part pour quelques commentaires sur les femmes noires de temps à autre, dûs au fait que je suis métisse et que j’ai un accent québécois. C’est entre autres une certaine protection, un avantage.

« Être blanc c’est vivre sans soupçons et sans la peur du regard des gens »

Seynabou-Rose Samb

Bref, la bataille pour l’égalité sociale des êtres humains peu importe la race et le sexe (sans parler de l’orientation sexuelle, de la religion etc.) est loin d’être achevée. Il est important de continuer à s’informer et de s’unir afin qu’un jour nous puissions réaliser ce rêve.

Source :

©DR, https://lesoursesaplumes.info/2017/09/19/pourquoi-notre-feminisme-doit-il-etre-intersectionnel-et-3-facons-de-le-pratiquer/

Souffrir de l’étiquette ?

C’est ce matin, lors d’une discussion enflammée avec mes camarades de classe, que m’est parvenu une réflexion majeure sur la recherche de l’individualité par la classification. Le sujet ? Les étiquettes sociales.

Pour débuter, que sont-elles ? Simplement, c’est un cadre que chacun de nous se fit en quête de découverte de notre identité, celui-ci apportant un confort psychologique. Par une imposition de normes et de codes variant selon les différentes classes sociales, ce concept tente de répondre à notre question éternelle : qui suis-je ? Néanmoins, malgré qu’un tel concept est fort utile pour la résolution de notre conflit identitaire, il est rempli de failles, car il nous est impossible de nous conformer qu’à une classe.

Pour clarifier mon angle, je vous offre une brève description de moi en se fiant à ces étiquettes. Je suis un blanc, un hétérosexuel, un intellectuel, un musicien, un sportif et un gamer.

Que pouvons-nous constater en se fiant à mon analyse personnelle ? Je n’ai pas qu’une étiquette ! J’en ai plusieurs ! En se fiant au principe de cette classification, normalement, je devrais n’en avoir qu’une. Néanmoins, non seulement moi, mais chacun des individus de cette société en avons plus qu’une. Nous ne pouvons pas nous conformer qu’à un seul cadre se basant sur notre sexe, notre âge, notre ethnie et nos intérêts/nos passions. C’est tout simplement impossible. Aucun d’entre nous n’est qu’un être avec une seule identification. Nous avons tous une histoire, des intérêts et des rêves nous empêchant d’être classés sous un code précis, et c’est ce qui fait la beauté de l’être humain. Ce concept de n’avoir qu’une seule étiquette nous identifiant est parfaitement erroné, même inutile, et nous ne devrions pas nous rabaisser sous des normes identitaires.

En plus, par le fait que cette manière de classer notre identité est solidement ancrée dans nos têtes, former des liens avec d’autres individus s’avère comme une expérience bien complexe. Il devient presque impossible de pouvoir rencontrer, même communiquer, avec un.e inconnu.e lorsque celui-ci/celle-ci diffère de soi-même. Est-ce parce que nous ne le/la considérons pas dans la même classe que la nôtre ? C’est tout simplement l’idée du je suis cela ; tu es cela. Ainsi, n’étant pas un clone de toi portant les exacts mêmes intérêts, les mêmes valeurs et/ou les mêmes idées, tu ne me considère pas comme appartenant au même monde que le tien. Ce principe d’individualisme jusqu’à la rencontre de la similarité est inutile, pratiquement idiot. Certes, avoir un intérêt commun est un aspect important pour la formation d’un lien solide. Néanmoins, il n’est jamais spécifié que l’on se doit d’être identique pour simplement se parler. Profitons de nos différences pour rencontrer des personnes qui sauront nous faire grandir au lieu d’être effrayé du non-conventionnel.

Bref, il est inutile de vouloir se conformer selon une classification sociale précise. Elle ne fait que détruire notre propre identité. Personne n’est conforme. Personne n’appartient qu’à un groupe. Ce n’est pas un cadre hors réalité qui saura définir notre identité. Nous sommes qui nous sommes. Et une étiquette ne saura pas nous classer.

Loi 21, menace pour l’éducation

Le 23 mars dernier, le gouvernement Legault a proposé le projet de loi sur la laïcité. En étant complètement indifférent des effets négatifs de celui-ci, la C.A.Q à aggraver le système d’éducation québécois.

Alors que la pénurie d’enseignant.e.s faisait déjà des dommages dans les classes du Québec, la Loi 21 désintéresse les futurs professeurs à obtenir des postes, alors qu’on insiste à les faire travailler. En effet, 9 classes du primaire de la CSPI sont toujours sans personnel. Conséquence ? Les enfants se font enseigner par des suppléants aléatoires depuis le début de l’année scolaire, provoquant de constants changements d’environnement pour des jeunes qui n’ont besoin que de la routine.

Ensuite, cette loi décourage les titulaires actuels à continuer de pratiquer leur passion. En effet, en simplement 3 mois, 91 membres de l’Alliance des professeurs ont démissionné en étant à la recherche de meilleures conditions de travail.

Au total, en adaptation scolaire, 88 postes sont vides. Au primaire, 32 le sont aussi. Finalement, en classe d’accueil, aucun des 14 postes n’ont été acceptés.

Dites-moi, M. Legault, comment peut-on essayer de régler le problème du manque d’enseignants en créant une loi inutile aggravant la situation ?

Racisme en éducation

Le port du voile dans notre société ne semblait importuner personne. Pourquoi est-ce désormais non-acceptable dans les établissements scolaires ?  La loi sur la laïcité a non seulement privé les écoles de personnel, mais elle crée maintenant 3 nouveaux groupes au sein des enseignants : ceux qui ne portent pas de signes religieux, ceux qui peuvent en porter et ceux qui ne peuvent pas. Bien évident, ces classes ont développé une tension entre elles, précisément entre qui peuvent porter le voile ou non. Un « privilège » simplement accessible par leur ancienneté.

Le ministre de l’Éducation, M. Jean-François Roberge, a insisté que cette loi « ne vise pas à discriminer qui que ce soit », mais qu’elle vient « donner des balises ». De plus, en établissant cette loi, le gouvernement caquiste soutien qu’il veut « assurer un équilibre » entre les droits collectifs de la nation québécoise et les droits et libertés de la personne protégée par les chartes québécoises et canadiennes.

Ce ne sont que de beaux mots pour cacher la vérité sur les fondements racistes de la Loi 21. Bientôt viendra le jour où les parents ne voudront plus que leurs enfants se fassent enseignés par quiconque portant le voile ou autres signes religieux.

À quoi bon tenter d’éliminer la discrimination raciale dans la société si on la ravive dans les écoles ?

Sources :

FORTIER, Marco. «Premiers effets de la loi 21 dans les écoles de Montréal», Le Devoir (9 septembre 2019), https://www.ledevoir.com/societe/education/562184/l-interdiction-des-signes-religieux-se-fait-sentir-dans-les-ecoles (Page consultée le 14 novembre 2019).

RICHER, Jocelyne. «Projet de loi sur la laïcité: les commissions scolaires inquiètes», LaPresse (5 avril 2019), https://www.lapresse.ca/actualites/education/201904/05/01-5221070-projet-de-loi-sur-la-laicite-les-commissions-scolaires-inquietes.php (Page consultée le 14 novembre 2019).

LASALLE, Martin.  «Projet de loi no.21 sur la laïcité: des enjeux juridiques et sociaux en suspens», udemnouvelles (17 avril 2019), https://nouvelles.umontreal.ca/article/2019/04/17/projet-de-loi-no-21-sur-la-laicite-des-enjeux-juridiques-et-sociaux-en-suspens/  (Page consultée le 14 novembre 2019).

Source de l’image :

©ArchivesLeDevoir( François Pesant ) https://www.ledevoir.com/societe/education/386612/la-fae-dit-oui-au-port-de-signes-religieux-dans-les-ecoles

2ème génération

Lors du Raid poétique au Cégep du Vieux-Montréal, les sœurs Talbi, duo musical féministe aux origines multiples, ont présenté ce mardi 12 novembre dernier un mini-spectacle sous le thème de l’affiliation. En chantant et en slamant, ces artistes ont su présenter brillamment les problèmes identitaires des 2ème génération.

L’une chante; l’autre récite. Du contemporain; du slam. Tel est le style innovateur du duo Talbi. Certes, vous me direz que ces artistes affichent des personnalités et des aptitudes bien différentes. Toutefois, Elkahna et Ines Talbi présentent une symbiose parfaite sur scène.

Je ne serais pas faux en affirmant que l’originalité du spectacle sait capter l’attention du public sans jamais la relâcher. En augmentant l’intensité, la pression et le talent au fil des chansons, le public ne peut s’empêcher d’attendre impatiemment le prochain numéro.

Également, celles-ci brisent le mur qui sépare la scène de la salle. En effet, les Talbi discutent sans gêne avec leur public entre chaque morceau. Que ce soit pour une anecdote, une explication, offrir des prix ou simplement raconter des blagues, elles prennent le temps de se rapprocher des spectateurs, créant une ambiance fort relaxante et agréable. Elles le savent : il est impossible de réaliser un spectacle sans avoir quelqu’un pour l’apprécier.

Bref, les sœurs Talbi inspirent l’originalité et le renouveau dans l’industrie musicale québécoise.

Slam de Elkahna Talbi, alias Queen Ka

Qui sont-elles ?

Elkahna Talbi est l’ainée des Talbi. Cette artiste débuta sa carrière en 2006 où elle choisit comme nom de scène : Queen Ka. La poète et slameuse professionnelle à su se faire remarquer dans le domaine artistique québécois en ayant les mots justes à des situations inexplicables.

La reine du slam s’identifie comme ayant de nombreuses identités. Le 2 février 2018, elle lança son 1er recueil de poésie (qu’elle utilisa à nombreuses durant le spectacle) intitulé Moi, figuier sous la neige dans lequel elle explore, avec ses yeux québécois, son identité d’immigrante tunisienne de 2ème génération.

Ines Talbi est la cadette des Talbi et cofondatrice, avec sa sœur et sa cousine Leïla Thibeault-Louchem, de la compagnie de théâtre Les Berbères Mémères. Auteure-compositrice-interprète, Ines a sorti son premier album intitulé Bording Gate en 2012.

Cette chanteuse a participé grandement et à nombreuses reprises en création théâtrales dont par la mise en scène et idéation de La renarde : sur les traces de Pauline Julien. Elle a également réalisé un court métrage nommé Femmes qui fut projeté dans de nombreux festivals internationaux, notamment en Espagne, au Canada et aux États-Unis. Malgré toute cette dose de travail, elle se concentre présentement sur la création d’une nouvelle pièce de théâtre et d’un nouvel album.

Sources :

RADIO-CANADA, « Queen Ka, reine aux identités multiples », dir., Ici Radio-Canada, https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/dessine-moi-un-dimanche/segments/entrevue/107419/entrevue-queen-elkahna-talbi-franco-nuovo (Page consultée le 14 novembre 2019)

CENTRE DU THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI, « Ines Talbi », dir., CTD’ artistes, http://theatredaujourdhui.qc.ca/ines-talbi (Page consultée le 14 novembre 2019)

Source de l’image :

© LeDevoir ( Pedro Ruiz ), https://www.ledevoir.com/culture/theatre/514351/entrevue-montreal-nord-au-dela-du-cliche