Le Deuxième Sexe

C’est en 1949 que Simone de Beauvoir, une icône et une philosophe importante du mouvement féministe, fait paraître son essai philosophique : Le Deuxième Sexe. Elle traite notamment, dans l’un de ses chapitres, de la disparité injuste entre femmes et hommes, et ce, dès un jeune âge, en raison du système d’éducation et de l’idéologie de notre société. Elle tient à illustrer le rapport inégal qu’entretiennent les femmes et les hommes avec le monde.

Un questionnement s’impose : comment cette différence [différence entre l’éducation donnée aux filles et aux garçons] se traduit-elle dans le rapport que la fille et le garçon entretiennent avec le monde ?

Tout d’abord, être du sexe masculin, c’est avoir le privilège de véritablement exister. En effet, l’idéologie de notre société et de notre culture encourage le jeune garçon à se développer afin de véritablement découvrir son soi. Pour ce faire, il entreprend une multitude d’activités et d’expériences, comme les sports et la bataille, qui sauront lui faire réaliser son existence et l’étendue de ses capacités. Il aura également la chance de faire valoir sa supériorité en s’opposant à d’autres jeunes garçons. Comme l’affirme Simone de Beauvoir : « L’immense chance du garçon, c’est que sa manière d’exister pour autrui l’encourage à se poser pour soi. »[1] Celui-ci a donc la chance de réellement s’émanciper sans devoir subir le regard méprisant d’autrui, tout simplement en ayant gagné, sans avoir véritablement joué, au jeu de la vie.

« L’immense chance du garçon, c’est que sa manière d’exister pour autrui l’encourage à se poser pour soi. »

Simone de Beauvoir

L’autre sexe

Ensuite, être du sexe féminin, c’est avoir la malédiction de devoir se confondre. En effet, l’idéologie de notre société et de notre culture oblige la jeune fille à être passive, à ne pas être elle-même, à s’oublier. Celle-ci fait inévitablement face à un conflit avec son soi et son « être autre ». Alors qu’elle désire vivre les mêmes expériences que le jeune garçon, on l’oblige à revêtir une image qui ne lui correspond pas. À être, comme l’affirme la philosophe, « une poupée vivante : passive, douce et fragile. »[2] Elle doit se comporter comme un objet afin de plaire comme un objet et d’être utilisée comme un objet. Comme l’affirme Simone de Beauvoir : « Ainsi, la passivité qui caractérisera essentiellement la femme “féminine” est un trait qui se développe en elle dès ses premières années. Mais il est faux de prétendre que c’est là une donnée biologique : en vérité, c’est un destin qui lui est imposé par ses éducateurs et par la société. »[3] Celle-ci doit donc se taire lorsque l’idéologie la prive de son autonomie et de sa liberté.

Pour conclure, quelle est la réponse à cette question ? C’est simple : seul l’homme peut vivre. Celui-ci habite un monde qui lui a été conçu, alors que la femme habite un corps qui lui a été construit. C’est ainsi que Simone de Beauvoir exprime sa célèbre citation : « On ne naît pas femme : on le devient »[4].


[1] Philippe Dumesnil, et coll. L’être humain : conceptions modernes et contemporaines, Don Mills, Oxford University Press, 2020, p.238

[2] Ibid.

[3] Ibid.

[4] Ibid., p.237

Souffrir de l’étiquette ?

C’est ce matin, lors d’une discussion enflammée avec mes camarades de classe, que m’est parvenu une réflexion majeure sur la recherche de l’individualité par la classification. Le sujet ? Les étiquettes sociales.

Pour débuter, que sont-elles ? Simplement, c’est un cadre que chacun de nous se fit en quête de découverte de notre identité, celui-ci apportant un confort psychologique. Par une imposition de normes et de codes variant selon les différentes classes sociales, ce concept tente de répondre à notre question éternelle : qui suis-je ? Néanmoins, malgré qu’un tel concept est fort utile pour la résolution de notre conflit identitaire, il est rempli de failles, car il nous est impossible de nous conformer qu’à une classe.

Pour clarifier mon angle, je vous offre une brève description de moi en se fiant à ces étiquettes. Je suis un blanc, un hétérosexuel, un intellectuel, un musicien, un sportif et un gamer.

Que pouvons-nous constater en se fiant à mon analyse personnelle ? Je n’ai pas qu’une étiquette ! J’en ai plusieurs ! En se fiant au principe de cette classification, normalement, je devrais n’en avoir qu’une. Néanmoins, non seulement moi, mais chacun des individus de cette société en avons plus qu’une. Nous ne pouvons pas nous conformer qu’à un seul cadre se basant sur notre sexe, notre âge, notre ethnie et nos intérêts/nos passions. C’est tout simplement impossible. Aucun d’entre nous n’est qu’un être avec une seule identification. Nous avons tous une histoire, des intérêts et des rêves nous empêchant d’être classés sous un code précis, et c’est ce qui fait la beauté de l’être humain. Ce concept de n’avoir qu’une seule étiquette nous identifiant est parfaitement erroné, même inutile, et nous ne devrions pas nous rabaisser sous des normes identitaires.

En plus, par le fait que cette manière de classer notre identité est solidement ancrée dans nos têtes, former des liens avec d’autres individus s’avère comme une expérience bien complexe. Il devient presque impossible de pouvoir rencontrer, même communiquer, avec un.e inconnu.e lorsque celui-ci/celle-ci diffère de soi-même. Est-ce parce que nous ne le/la considérons pas dans la même classe que la nôtre ? C’est tout simplement l’idée du je suis cela ; tu es cela. Ainsi, n’étant pas un clone de toi portant les exacts mêmes intérêts, les mêmes valeurs et/ou les mêmes idées, tu ne me considère pas comme appartenant au même monde que le tien. Ce principe d’individualisme jusqu’à la rencontre de la similarité est inutile, pratiquement idiot. Certes, avoir un intérêt commun est un aspect important pour la formation d’un lien solide. Néanmoins, il n’est jamais spécifié que l’on se doit d’être identique pour simplement se parler. Profitons de nos différences pour rencontrer des personnes qui sauront nous faire grandir au lieu d’être effrayé du non-conventionnel.

Bref, il est inutile de vouloir se conformer selon une classification sociale précise. Elle ne fait que détruire notre propre identité. Personne n’est conforme. Personne n’appartient qu’à un groupe. Ce n’est pas un cadre hors réalité qui saura définir notre identité. Nous sommes qui nous sommes. Et une étiquette ne saura pas nous classer.