Muliats – Un cri de cœur envers la méconnaissance culturelle autochtone

Cela fait plus de 400 ans que les Québécois et les Premières Nations cohabitent sur le territoire canadien sans pour autant qu’ils aient développé une parfaite harmonie. Celle-ci est impossible dû à une méconnaissance totale des Québécois envers ces peuples. Muliats ou Montréal en innu écrit conjointement par Charles Bender, Marco Collin, Xavier Huard, Natasha Kanapé Fontaine et Christophe Payeur est une pièce sensible et brillante dénonçant le jugement, les préjugés et l’appropriation culturelle envers les Autochtones.


Une ouverture d’esprit apparente des deux colocataires face à la découverte d’un nouveau monde rend cette pièce mémorable

La pièce débute avec Charles (ou Shaniss en innu) qui débarque à Montréal après s’être enfui de sa réserve. Surpris par la modernité et la diversité, il y fera la rencontre de son colocataire Christophe qui ne connait visiblement rien de la culture autochtone. Une ouverture d’esprit apparente des deux colocataires face à la découverte d’un nouveau monde rend cette pièce mémorable !

Pour le jeu des acteurs, je leur lève mon chapeau. En effet, il y a eu certains moments sombres au courant de la pièce où les acteurs étaient en mesure de faire ressentir la colère de leur personnage au public. Je dois avouer que durant ces moments, je ne savais plus comment me tenir sur mon siège, car leur colère si écrasante me faisait sentir faible. Le meilleur dans tout cela est que c’était en majorité de vrais membres des Premières Nations qui réalisaient leurs personnages. Ceux-ci reflètent-ils donc la véritable haine qu’ils éprouvent envers nous ou bien ce ne sont que des personnages ? Bien évidemment, ce n’était qu’un jeu de rôle. Toutefois, il ne faut certainement pas oublier que si eux ne la ressentent pas, d’autres autochtones la ressentent.

De gauche a droite : Xavier Huard, Marco Collin, Natasha Kanapé Fontaine et Charles Bender – les 4 acteurs de la pièce

Quant à l’environnement dans lequel les acteurs nous ont transportés, une simple table et quelques chaises suffisaient à créer un environnement idéal. Coiffez le tout d’une luminosité calme et rajoutez en fond de la musique traditionnel innu pour créer en espace serein, parfait pour parler sérieusement de ce problème majeur.

Le meilleur pour la fin : les textes. Quoi dire contre leurs dialogues ? Absolument rien. Ceux-ci étaient simples permettant au public de comprendre la pièce au complet. Ils allaient directement au point, il n’y avait aucune présence de dialogues non-nécessaires pouvant créer de la confusion. Le plus surprenant est qu’à certains moments au courant de la pièce, les acteurs commençaient à dialoguer en langue innu, parfois même ils chantaient. Je n’avais pas besoin de comprendre ce qu’ils disaient afin de savoir l’idée de leurs discussions, car leur tons puissant et parfaitement contrôlé reflétait l’émotion, l’intention, le message et ce, sans que je ne connaisse un seul mot de leur langue.

« Il existe autant de façon d’être innu que d’innus dans le monde » Marco Collin

En bref, la pièce de théâtre Muliats explique clairement comment les préjugés et le jugement des Québécois dû à une méconnaissance de la culture autochtone blessent les membres des Premières Nations. Il faut arrêter de les surnommer les « non-payeurs de taxes ». Il faut apprendre à les connaitre davantage, à découvrir qui ils sont réellement, et ce, en allant voir des pièces semblables à celle-ci ou à assister à des conférences, car en vérité, cette communauté possède une histoire et une culture magnifique à faire rêver.

Sources des images :

https://associationrideau.ca/fr